Reality and tools

Mode d’existence de l’homme fragmenté par le Mode d’emploi des outils technologiques

Homme et objets : leurs relations physiques, psychologiques et sociales

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 Esquisse du projet, 2016

Les connaissances acquises permettent à l’être humain d’élaborer un comportement adapté aux normes de la société. S’étayant sur nos souvenirs cumulés, elles orientent nos comportements individuels qui suscitent tels ou tels phénomènes sociaux. Ces « faits » perçus selon divers points de vue sont archivés sous l’appellation de culture ou d’histoire. Lors de ce processus, chaque spécificité géographique et chaque état psychologique ajoutent une variante à l’histoire commune, en même temps qu’une impossibilité de concevoir ces pans subjectifs en tant qu’« histoire absolue ». Malgré tout, les langages humains connectent ces points l’un à l’autre, visant une généralité et une objectivité de l’histoire, chaque extension étant toujours confrontée à la subjectivité découlant de toute perception individuelle. Puisque l’histoire ne peut absolument constituer un consensus, il nous faut la définir autrement, comme un ensemble de réalités individuellement perçues.

L’être humain, ancré dans la société, est cerné par une réalité « influencée par son entourage matériel », qui oriente son raisonnement, ses décisions, sa situation personnelle, etc. Notre « réalité matérielle » entretient ainsi une relation réciproque avec cette réalité personnelle par le biais de la perception de notre environnement. Si l’on parcourt l’histoire de l’humanité, on constate qu’elle a changé progressivement à travers l’adaptation à de nouveaux outils conçus pour améliorer le confort de notre vie. De l’invention de ces outils et de la maitrise de chaque technologie inédite, résultent de nouveaux comportements, des métiers ou des normes sociales qui nous permettent d’« utiliser » notre réalité représentée d’une certaine manière. Dans ce sens, l’invention d’outils contribue à créer le mode de vie « général » d’une société. Après une invention, s’ensuit une période d’adaptation et d’utilisation permettant à la perception humaine de l’admettre comme relevant de la réalité, son « emploi » déjà admis générant des modes de comportement consensuels.

Comportement humain généré par l’objet-outil

Parlerons des objets, particulièrement de ceux qui interviennent dans la communication directe et la circulation physique des individus. Qu’il s’agisse du marteau d’un juge, d’un stylo, d’une porte, d’une enveloppe timbrée, d’une voiture, de journaux, ces choses banals nécessitent d’abord que nous apprenions leur mode d’emploi. Lorsque l’on écrit avec un stylo ou que l’on ouvre une porte, cela veut dire que notre main maîtrise la tenue du stylo ou le maniement de la poignet, et que conjointement, dan la pratique, nous sommes aptes à « passer à acte », que nous possédons la capacité intellectuelle de mettre en pratique nos décisions.
Nous hésitons devant la porte massive du bureau d’un PDG. Cette ultime zone, ordinairement inaccessible, renferme certainement des objets qu’on ne peut s’offrir. L’impression générale que nous ressentons face à cette porte, n’est nullement identique à celle suscitée par les portes de pièces usuelles. Ce type de signification supplémentaire socialement imposée par un objet-outil, qu’un homme ne peut régenter, fait que cet homme va adopter un comportement « poli », parce qu’il est conscient que cette relation sociale pourrait susciter un choc. Devant un stylo dotée d’un mécanisme à rotation si spécial et coûtant plusieurs centaines d’euros, on peut essayer d’en comprendre le prix en envisageant ses performances innovantes, mais ce choc, quand il concerne des sommes créditées sur des comptes en banque, agit aussi sur notre comportement, un mode d’existence, nous « modérant ».
Ainsi, face à ces objets-outils porteurs d’un sens socialement significatif, l’homme est placé dans une situationrelationnelle, qui lui est imposée, qui premièrement modifie son comportement physique et qui, deuxièmement, l’incite à s’adapter à ces diverses significations socialement nuancées auxquelles nous nous retrouvons confrontés devant ces milliers de portes que comporte une ville. La « maîtrise » de chaque objet ne s’avère donc pas si évidente. De par leur nature, les objets et les être humains impliquent également des pratiques « médiatiques » car, en tant que porteurs de sens, ils orientent nos modes de comportement physique et psychologique.1 L’« outil » renforce encore davantage ce sens. Dans cette rechercche, la « réalité » est donc définie comme l’ensemble de ces relations matérielles, immatérielles, entre êtres humains et leurs objets.

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Plan conceptuel de l’auto-domestication humaine. Relations entre objets-mondes-modes d’existence de l’homme, 2016-2017.

rollei029_bw                                        Live, Esquisse_3, C-print, 2016
img_20160816_224748img_20160814_144928Vision, esquisse du projet, photo imprimée sur toile, 2016
_dsc736img_0018Esquisse _1, Esquisse_ 2, C-print, 2016

Changements de perspectives du monde réel et connexité avec les objets-outils.

Monde Spirituel, Monde Physique, Monde Virtuel.

Aucune définition précise de la réalité n’a jamais fait consensus. Quelques termes notifiant cette subjectivité ont été adoptés par des anthropologues, tels que : le « monde intentionnel » composé d’objets intentionnels de Richard Shweder, la « manière de percevoir notre environnement » et la « construction culturelle variable de la réalité » de Tim Ingold. Ceci implique non seulement que notre perception individuelle est subjective mais que chaque groupe use aussi de concepts propres pour appréhender ces réalités parfois inconciliables.

Les faits sont généralement jugés comme « réels » : le mot « jugement » nous donnant un indice faisant que nous nous devons de réfléchir à notre structure idéologique constituée de signes conventionnels. Dans le mode de classification actuel basé sur des catégories empiriques, la matérialité est véritablement accentuée comme condition d’existence des composants « réels ». Ce projet concerne nos multiples visions du monde qui ont progressivement changé et poursuivra le processus de cette dichotomie structurée de nos jugements du « réel-irréel ». Une approche de la nouvelle « réalité » virtuelle et son dernier outil-médiateur, le casque VR (réalité virtuelle) marquent le point de départ de notre recherche. Dans les débats et les articles remettant en cause l’authenticité des images produites par cet objet artificiel, on constate cette étrange situation faisant que le champ de la « réalité » se prolonge ou se rétrécie selon nos jugements subjectifs.

En posant pour problématique« Les objets-outils sont-ils capables de changer la notion humaine de réalité ? », concentrons-nous tout d’abord sur ce terme « objets-outils ». Ce mot présuppose à la fois la suprématie de l’homme et nous fait redouter cette place dominante des hommes, en impliquant également des relations mutuelles au cours desquelles l’homme si autonome devient dépendant de ces objets : qu’il en soit le créateur, le concepteur, l’utilisateur, le collectionneur, etc. Pour entrevoir cette relation avec objectivité, nous souhaitons sortir de cette généalogie anthropocentrique et observer cette circulation qui s’articule entre vivants et non-vivants. En effet, concrètement, nous, les homos sapiens “modernes”, côtoyons beaucoup plus des objets comme nos chaussures à semelles en caoutchouc que nos voisins.

-extrait du texte, Jung yeon KIM, 2016

 

 

-Tournage photographique avec Freddy Kancel et Xuan Chiang